Le safran réduit-il réellement l’anxiété ?

Peut-être certains symptômes, mais la réponse dépend beaucoup de la façon dont ils sont mesurés.

Une méta-analyse de 34 essais randomisés et 1 769 participants observe une baisse moyenne de 5,06 points à l’inventaire d’anxiété de Beck, rempli par la personne. L’hétérogénéité est toutefois très élevée (I² = 94,8 %) et l’analyse ne retrouve pas d’effet significatif sur l’échelle de Hamilton cotée par un clinicien (Mahmoudi et coll., 2026, PubMed 41693488).

Une revue de 2019 trouvait elle aussi un effet favorable face au placebo, mais signalait un biais de publication et un manque de diversité géographique dans les essais (Marx et coll., 2019, DOI 10.1093/nutrit/nuz023). Une autre synthèse de 21 essais aboutissait au même contraste : amélioration sur l’échelle de Beck, mais pas sur l’échelle de Hamilton (Ghaderi et coll., 2020, PubMed 31987241).

Ces écarts ne rendent pas les questionnaires auto-évalués inutiles. Ils indiquent simplement que la preuve n’est pas robuste à tous les outils de mesure et qu’il faut éviter la formule « effet anxiolytique démontré ».

Quelles formes d’anxiété ont été étudiées ?

Les publications ne permettent pas d’attribuer un bénéfice propre à chaque trouble anxieux.

Les échantillons réunissent notamment :

  • des personnes avec symptômes anxieux et dépressifs associés ;
  • des adultes avec humeur basse ou stress perçu ;
  • des patients présentant d’autres maladies, chez qui l’anxiété est un critère secondaire ;
  • quelques populations cliniques très spécifiques.

Un essai en double aveugle a par exemple inclus 60 adultes présentant à la fois anxiété et dépression et testé 100 mg de safran par jour pendant douze semaines (Mazidi et coll., 2016, PubMed 27101556). Ce protocole ne prouve pas une efficacité dans un trouble anxieux généralisé isolé, une phobie, un trouble panique ou un état de stress post-traumatique.

Ce que l’étude mesureCe que l’on peut conclure
Score d’anxiété auto-évaluéÉvolution perçue des symptômes dans la population étudiée
Échelle cotée par un clinicienÉvolution clinique évaluée de façon externe
Anxiété associée à une dépressionPas un effet spécifique sur un trouble anxieux isolé
Stress ou « low mood » chez un sujet sainPas un traitement d’une maladie anxieuse

Pour la comparaison avec les médicaments et la notion trompeuse d’« anxiolytique naturel », voir l’analyse dédiée safran et anxiolytiques. La page safran et dépression traite séparément les essais centrés sur les symptômes dépressifs.

Quelle dose de safran a été testée ?

Il n’existe pas une dose unique validée contre l’anxiété. Les essais ont utilisé des produits très différents.

On retrouve souvent 28 à 30 mg/jour d’un extrait standardisé dans les travaux sur l’humeur, mais l’essai anxiodépressif cité plus haut a employé 100 mg/jour de safran. Les résultats ne peuvent pas être transposés d’un extrait à l’autre uniquement parce que l’étiquette porte le mot « safran ».

Avant d’interpréter une étude, il faut vérifier :

  • la partie de la plante utilisée (stigmates, pétales ou constituant isolé) ;
  • la méthode d’extraction et la standardisation ;
  • la quantité réellement administrée ;
  • la population et le diagnostic ;
  • le critère principal et la durée.

L’avis de l’EFSA sur l’extrait affron® illustre cette prudence. Malgré un essai favorable à 28 mg/jour chez des adultes avec humeur basse, l’agence a estimé que l’étude n’avait pas été répliquée et que la relation de cause à effet avec l’amélioration de l’humeur n’était pas établie (EFSA, 2021, DOI 10.2903/j.efsa.2021.6669).

En combien de temps un effet a-t-il été évalué ?

Les essais ont généralement duré quatre à douze semaines. Cette durée indique quand les chercheurs ont refait leurs mesures ; elle ne garantit ni un début d’action précis ni un bénéfice qui se maintient après l’arrêt.

Les données ne permettent pas de promettre :

  • un apaisement immédiat ;
  • un effet à partir d’un nombre exact de jours ;
  • une durée optimale de « cure » ;
  • une prévention des rechutes ;
  • un effet à long terme.

Les allégations sur le sommeil ou le cortisol doivent aussi rester séparées de l’anxiété : améliorer un score de sommeil ou mesurer un biomarqueur ne démontre pas le traitement d’un trouble anxieux. Les essais centrés sur le sommeil sont examinés dans safran et sommeil, et l’usage pratique lié au stress dans comment utiliser le safran pour le stress.

Une infusion ou quelques filaments peuvent-ils calmer l’anxiété ?

Aucun essai clinique identifié ici ne démontre qu’une infusion de quelques filaments traite l’anxiété. Les travaux portent sur des extraits ou des doses précisément préparées pour l’étude.

Une boisson chaude peut s’inscrire dans un rituel agréable, mais ce ressenti ne doit pas être présenté comme l’effet pharmacologique du safran. Le safran culinaire du Domaine de Gauville reste un aliment : son origine, son parfum et sa qualité ne le rendent pas équivalent à un extrait clinique.

Quand faut-il consulter plutôt que tester un complément ?

Une anxiété devient préoccupante lorsqu’elle est intense, durable, envahissante ou perturbe le travail, les relations, le sommeil ou les activités quotidiennes. Le diagnostic distingue notamment trouble anxieux généralisé, phobie, trouble panique, TOC et état de stress post-traumatique (Assurance Maladie — symptômes et diagnostic).

La psychothérapie est recommandée quel que soit le trouble anxieux et peut être utilisée seule ou avec un médicament selon la situation. Les thérapies cognitivo-comportementales font partie des approches reconnues (Assurance Maladie — traitement des troubles anxieux). Le safran n’apparaît pas dans cette prise en charge de référence.

Un avis médical ou pharmaceutique est nécessaire avant un complément en cas de traitement psychotrope, de grossesse ou d’allaitement, de trouble bipolaire, de maladie chronique, ou d’utilisation chez un enfant. N’arrêtez pas un anxiolytique ou un antidépresseur prescrit sans accompagnement.

À retenir

  • Un signal existe surtout sur l’anxiété auto-évaluée.
  • L’effet n’est pas retrouvé sur toutes les échelles cliniques.
  • Les essais ne démontrent pas le traitement d’un trouble anxieux précis.
  • Les extraits et doses varient ; quelques filaments culinaires ne sont pas équivalents.
  • Le safran ne doit pas retarder un diagnostic, une psychothérapie ou un traitement indiqué.

Sources principales vérifiées